La forme d’une ville ne change pas, hélas, pour le coeur d’un mortel

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Initialement prévu pour la revue D’Ici là n°8 de Pierre Ménard, numéro qui mettait en exergue le vers de Charles Baudelaire : « La forme d’une ville/Change plus vite, hélas que le cœur d’un mortel », je mets en ligne « La forme d’une ville ne change pas, hélas, pour le cœur d’un mortel », travail réalisé au mois de février 2011. En voici l’histoire :

Le 14  janvier 2011, alors qu’il couvrait les manifestations de Tunis pour l’agence EPA, le photographe Lucas Mebrouk Dolega était grièvement blessé par un tir tendu de grenade lacrymogène. Il est décédé le lundi 17 janvier. Voici le communiqué de presse annonçant son décès :

« Vendredi 14 janvier 2011, à l’issue de la manifestation sur l’avenue Bourguiba de Tunis, nous nous sommes retrouvés, entourés d’un groupe de manifestants, au coin de la rue Ghandi et de la rue de Marseille. La situation en ville était extrêmement tendue, avec des affrontements entre des petits groupes de manifestants et la police Tunisienne dans les rues autour de l’avenue Bourguiba et du ministère de l’intérieur. »
« A 16h 23, la police Tunisienne a tiré une grenade lacrymogène dans notre direction. Le projectile (un tube en aluminium d’une vingtaine de centimètres de long et d’environ 5 de diamètre), tiré d’une distance d’une vingtaine de mètres, à hauteur de tête en « tir tendu », (plutôt qu’un « tir en cloche »,  la technique correcte d’utilisation de cette arme), a percuté notre collègue Lucas Mebrouk Dolega à la tête. »
« Nous lui avons prodigué les premiers soins sur place, puis l’avons évacué, dans la voiture de collègues, dans les minutes qui ont suivi, d’abord à la clinique Le Secours, où l’état de Lucas a été stabilisé afin de permettre son transport, puis, par un habitant du quartier, à l’Hôpital Neurologique Rabta de Tunis. Lucas a été opéré sur le champ par le Professeur Djmal. L’opération s’est bien déroulée, et Lucas a été maintenu dans un coma artificiel. »
« Le diagnostic faisait état d’un hématome extradural frontal gauche, d’une hémorragie méningée, de l’orbite oculaire gauche fracturé, du sinus gauche fracturé, et d’une lésion au globe oculaire gauche. Son état, à l’issue de l’opération, était considéré stable mais critique. L’espoir était que Lucas survivrait tout en perdant son œil. Dans la nuit suivant l’opération, l’état de Lucas s’est aggravé, et son coma s’est approfondi. Sa famille est arrivée à Tunis hier. »
« Loucas Von Zabiensky-Mebrouk, dit Lucas Dolega, s’est éteint ce matin 17 janvier, à l’hôpital Rabta. Il avait 32 ans. Nos pensées vont à sa famille et ses proches. »

Ce communiqué était signé par les cinq photographes qui étaient avec lui au moment des faits : Matthias Bruggmann – Olivier Laban-Mattei – Remy Ochlik – Bruno Stevens – Pierre Terdjman.

Quelques semaines plus tard, en février 2011, j’ai voulu rendre hommage à Lucas Mebrouk Dolega en insérant un point dans Google Map Maker, à l’intersection de la rue Ghandi et de la rue de Marseille, comme une plaque commémorative :

“Lucas Mebrouk Dolega, In memoriam, 14/01/2011 à 16h23”

Je publie donc aujourd’hui la courte correspondance avec Google Reviewer Ali, un valideur de confiance, ainsi qu’une capture d’écran de Google Map Maker faisant état de ma demande : refusée.

La forme d’une ville ne change pas, hélas, pour le cœur d’un mortel…

 

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Liens :
http://www.lucasdolega.com/

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-puech/140111/tunis-le-photographe-lucas-dolega-de-lagence-epa-est-decede

http://www.google.fr/mapmaker

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