L’odyssée des galets

Cela arrive dans un jour une ville

tu ne sais plus très bien

comment cela arrive

comment cela a commencé.

Peut-être cette rue

cette place

ce ciel

cet instant.

Cela arrive en chemin

sur une crête rocheuse

au-dessus d’une forêt

un manque commence

avec le paysage.

Des merles s’enfuient vers un bosquet de bouleaux

des oiseaux se cachent dans les haies

et un soleil d’hiver réchauffe ton visage.

Plus loin

les chaumes et les pierres sur les bords de l’étang gelé

forment un isthme perdu dans la brume

une coulée.

Plus tard

derrière la fenêtre

tu attends sur les bords d’un détroit

pour rejoindre l’autre étendue

des rameaux bruns ensoleillés.

La nuit

un quartier de lune dans le ciel étoilé

appelle à l’action restreinte d’une phrase.

Ailleurs

des filets d’eau s’écoulent de la cale sèche

et vont rejoindre par le grand delta de sable

le va-et-vient des vagues

où se dispersent les instants

et se perdent les mots.

Alors ton nom éclate dans l’odyssée des galets

des algues, des rochers

et l’écume dansante en contrebas des falaises.

Les chemins dans les tapis de bruyère

où affleurent un sol nu et la blancheur des cailloux

dessinent la trace d’un possible chez-soi

dont peut-être un jour

tu te rappelleras.

Ainsi

dans le large détroit des régions liminaires

des ciels gris nuageux poussés par la tempête

et les branches secouées des très vieux acacias

tu t’abandonnes sans fin aux mots, à l’oubli

toi-même emporté par les modernes flux

des radios, des écrans, des téléchargements

sans jamais dire je, ou moi, ou nous,

dans le courant des métadonnées

les marées des coordonnées

il te manque soudain un mot

pour commencer.